ANAGNI OU LE GLAS DE BONIFACE VIII
Depuis Clovis, le royaume de France est catholique, les règles de Droit et la politique menées par les rois successifs étant clairement influencées par cette religion. Cependant, certains actes commis à l’encontre du pape ne sont pas exempts de reproches.
Alors que le clergé occupe une place importante au sein de la société capétienne, certaines prétentions du Pape en matière administrative dérangent Philippe IV, qui veut plier ce pouvoir à sa suprématie. En effet, le Pape ne se contente pas seulement de représenter la cité céleste, il s’ingère dans la politique intérieure des royaumes Européens. Notre roi de fer s’insurge et mène une lutte plus ou moins ouverte contre Boniface VIII depuis son accession au trône en 1285.
L’évêque Bernard de Saisset endurcit les relations entre le clergé et le roi, en traitant Philippe IV en ces termes : « Il a beau être le plus bel homme du monde, il ne sait que regarder les gens sans rien dire. Ce n’est ni un homme, ni une bête, c’est une statue ». Aussitôt, Philippe demanda au Pape la destitution de cet insolent évêque. Mais Boniface refusa, et répliqua en interdisant la levée de l’impôt sur le clergé pour soutenir l’effort de guerre. Ainsi, il se positionnait clairement à l’encontre du roi, et soutenait que la France devait être un fief du Saint Siège.
Cette offense faite a notre orgueilleux roi Philippe était inqualifiable. Celui-ci interdit aux prélats toute visite à Rome, et convoqua, pour la 1ère fois en France, les représentants des trois ordres : le clergé, la noblesse, et la bourgeoisie en la cathédrale Notre Dame en 1302.
De ce prémisse d’états généraux ressortit une chose : le pape allait trop loin, et le roi de France n’a de souverain que Dieu. Le clergé approuva lui même assez bien cette décision, étant donné le caractère divin du sacre royal. L’apposition du Saint Chrème fait véritablement du roi l’élu de Dieu pour cette tâche souveraine ; Le pouvoir de Philippe est donc légitime aux yeux des croyants.
Ce qui fut de trop et qui entraîna un débordement considérable dans les relations entre le pape et le roi, fût la décision de Boniface d’excommunier son « rival », en 1303.
Selon des arguments plus ou moins justifiés, il fût déclaré que la pape ne tenait pas légitimement son titre de Saint Pierre, et sous la pression des légistes, Philippe IV envoya Guillaume de Nogaret et une escorte personnelle trouver Boniface à Anigni afin de le juger devant un concile.
L’expédition fût menée, et lorsque les soldats entrèrent dans le palais, ils expulsèrent les cardinaux et se disputèrent violemment avec Boniface. Il a même été rapporté que Scierra de Collona, descendant de l’aristocratie Romaine, qui, comme beaucoup d’Italiens de son rang, était hostile au pouvoir du pape, en vint à le gifler. Les témoignages étant assez limités en raison du faible nombre d’individus présents. Le fait est que Boniface VIII mourut un mois plus tard, pour des raisons non déterminées. Sans doute ne supporta-t-il pas le choc de l’expédition menée par Nogaret.
Mais il mourut sans avoir été jugé par un concile, puisque la population de la ville intervint pour soutenir le pontife mal en point, et les Français durent battre en retraire sans emmener Boniface avec eux.
Cependant, Philippe le Bel avait gagné avec ce coup de force. Clément V succéda à Boniface, et s’installa au Palais des papes à Avignon, et entra dans les meilleures relations avec l’agresseur de son prédécesseur.
Mes propos à l’égard de Philippe le Bel, entre ceci et le massacre des templiers, peuvent faire passer ce roi pour un homme néfaste à notre société féodale. Il a cependant fait beaucoup sur la France, rattachant particulièrement ce fameux royaume de Flandre qui depuis longtemps s’insurgeait, et bien d’autres provinces.
Il marqua non seulement par sa beauté, sa sévérité, mais aussi par son courage et ses qualités en tant que chef de guerre.
Le fait est que la France était ainsi à nouveau en bons termes avec la papauté, ce qui était un soutien considérable à l’époque. Outre cette expédition, qui sera plus tard qualifiée « d’attenta », les Français firent a nouveau un coup dur à l’Eglise avec Napoléon qui fit emprisonner Pie VII, 5 siècles plus tard…
Pierre-Edouard Bruyère
Secrétaire général adjoint du Mouvement Social et Patriote